• Hommage à Loïc Bouvard par Hélène Tanguy- Carré

    Loïc Bouvard nous a quitté brusquement le 27 novembre, 10 jours après avoir été des nôtres lors de notre Comité Directeur.

    Homme d’engagement, au sourire légendaire, Loïc était né le 20 janvier 1929 à Tours. Fils d’officier, il entra très jeune dans la Résistance…il n’avait que 15 ans. A ce titre il fut décoré de la Croix de Guerre 1939-1945 avec citation et reçu la Légion d’Honneur à titre militaire.

    Après avoir fait « Sciences-Po » et des études à Princeton aux États-Unis où il vécut 11 ans, lui permettant de rester bilingue. Il devint Député en 1973 et jusqu’à ses 83 ans en 2012.

    Lors de ses obsèques à Saint Marcel le 2 décembre devant de très nombreuses personnalités et au cœur d’un village endeuillé, des hommages lui furent rendus. Le Ministre des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, a rappelé ses actes d’héroïsme et sa longue vie au service de la Nation.

    Elue de Bretagne et ancienne collègue de Loïc au Conseil régional, j’ai pu apprécier la sollicitude et le soutien qu’il m’a apportés dans mes premiers pas de toute nouvelle Députée en 2002.

    Mais pour évoquer sa mémoire, il me parait plus judicieux de retranscrire ici quelques-unes des paroles prononcées par son ami, le Père François Boëdec lors de la célébration religieuse :

     

    « A sa manière Loïc Bouvard a, je crois, été un veilleur, dans tous les sens du terme.

    Veillant d’abord sur beaucoup de gens qu’il a aidés, accompagnés à sa manière. Dans le discours qu’il prononça en sa qualité de doyen d’âge lors de la première séance de la 13ème législature de l’Assemblée Nationale le 26 juin 2007, il cita cet écrivain autrichien, Roberty Musil, dans son roman L’homme sans qualités : « Vous êtes probablement trop jeune pour savoir que notre vie est très simple. Elle ne devient d’une complexité insurmontable que lorsqu’on pense à soi ; dès l’instant où l’on ne pense plus à soi, mais où on se demande comment aider autrui, elle devient parfaitement simple. »

    Peut-être est-ce ainsi que Loïc avait compris cet essentiel et tentait de le mettre en œuvre dans sa vie.

    Mais il était veilleur aussi pour discerner dans les évolutions du monde ce qu’il fallait comprendre, choisir, espérer. Il possédait cette qualité rare de tenir ensemble une attention pour les réalités locales et l’inscription de celles-ci dans des horizons larges. Son engagement et ses responsabilités à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, et à la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale notamment manifestent bien cela.

    Veilleur, il l’était enfin dans son souci de ne pas se perdre en route dans une vie où l’engagement politique peut être dévorant et destructeur. Homme de conviction et d’engagement, Loïc désirait contribuer par son travail, rigoureux et sérieux, à un monde meilleur. Et il n’y avait là, de sa part, aucune trace d’une naïveté d’enfant de chœur. S’il connaissait la noblesse et la valeur de l’engagement politique, il était lucide sur la difficulté de la tâche, et sur la nature humaine. Il avait appris au long des années à inscrire son désir dans la complexité des situations, au-delà des coups durs, et des déceptions, éprouvant comme chacun d’entre nous les limites humaines, les siennes d’abord, qu’il savait reconnaitre. Il n’aimait guère les arrogants et ceux qui parlent fort, préférant la fidélité à ses idées et à ses amis que de petits arrangements ou des oppositions sectaires. Derrière son sourire qu’il affichait en toutes circonstances, il n’était dupe de rien, surtout pas des gesticulations et des calculs, laissant parler les autres et continuant à creuser son sillon. Loïc avait un réel respect des personnes. Chacun existait à ses yeux. Il croyait aux vertus du dialogue, de la rencontre, d’une parole vraie échangée avec respect. Là où se tissent des liens d’estime et de compréhension au –delà des postures partisanes et des engagements différents. Il se définissait comme un centriste, clair dans ses convictions politiques, mais toujours soucieux de permettre les ponts, capable de travailler avec des hommes d’autres opinions en vue de l’intérêt général et du bien commun. »

     

    Nos pensées vont à son épouse, ses enfants et ses petits-enfants.

     

     

                                                                        Hélène TANGUY-CARRE    Janvier 2018