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Une société d’individus : une forme inédite de société qui donne tous les pouvoirs aux droits individuels, reconfigure le champ politique, mais pour quel avenir ? Par Guy MALHERBE, ancien député de l’Essonne

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##. Pour Pierre Rosanvallon, la démocratie est une histoire inachevée.

Lors de l’assemblée générale Pierre Rosanvallon, en tant qu’historien des idées et philosophe politique nous a retracé l’histoire du mot « démocratie « apparu au Vème siècle à Athènes, sous la forme de démocratie directe, mais il a été oublié et peu utilisé dans le langage politique avant le XIX siècle en Angleterre, en Amérique et en France.

Il lui était préféré en Angleterre la notion de souveraineté nationale, de république ou de représentation parlementaire reposant d’abord sur le consensus, puis ensuite sur des élections sur une base arythmique, la majorité. En France, le premier suffrage masculin direct date de 1792 pour l’élection de la Convention nationale. Il a montré comment l’extension du droit de vote a constitué une révolution majeure pour les démocraties au point d’être la source principale de légitimité au XIX -ème siècle. Auparavant, les penseurs craignaient une dictature de la foule.

Mais, avec la transformation profonde de nos démocraties qu’il cherche dans les transformations de la citoyenneté, le développement de l’individualisme, un monde social hétérogène où les catégories sociales ont disparues : paysans, ouvriers, bourgeois, catholiques, laïcs et du rapport de l’individu au politique les élections et le vote ne garantissent plus une représentation réelle de la société. La majorité ne représente pas la totalité et donc la volonté générale. Un régime démocratique ne se résume pas à l’élection de ses représentants, des députés de la Nation et du Président de la République.

La preuve des régimes autoritaires s’attaque aux libertés individuelles et aux droits fondamentaux en arguant de leur légitimité électorale qui l’emporte sur tous les autres contre-pouvoirs : justice, presse. Des communautés de situations vécues se superposent désormais aux traditionnelles identités de classes et brouillent les lignes de partage et de lecture politique de la société. Les citoyens veulent être mieux représentés, mieux entendus et mieux considérés. La société ne peut pas, ou plus être régulée comme cela se pratique pour la circulation routière avec le code de la route, des policiers, des gendarmes et des caméras. La tâche consiste donc à rendre plus compressible et plus responsable le pouvoir et à trouver des formes concrètes de représentation et de reconnaissance des citoyens. Il cherche à comprendre comment les citoyens inventent de nouvelles formes de participation et de contrôle démocratique.

Pour Pierre Rosanvallon, la défiance peut constituer une dimension normale de la démocratie moderne, c’est une forme d’action politique. Il a montré que la surveillance citoyenne, la mobilisation associative, l’évaluation, la dénonciation et le contrôle des gouvernements sont des activités démocratiques à part entière. Pour lui, la démocratie se réinvente sans cesse malgré la défiance. Elle est toujours à la recherche de formes concrètes de représentation, les conventions citoyennes dont les membres sont tirés au sort en sont une, pour améliorer la reconnaissance des citoyens.

Pour Pierre Rosanvallon, la crise actuelle vient moins d’un rejet de la démocratie que d’une insatisfaction à l’égard de ses formes existantes. Le défi est de rendre la démocratie plus lisible et compréhensible par les citoyens et donc plus proche en favorisant la délibération, le débat, l’arbitrage, le temps long pour permettre une expression de la volonté générale, la volonté de tous. Il se méfie de ceux qui ont voulu réformer la démocratie et qui, en fait, l’ont supprimée.

##. Pour Marcel Gauchet, la démocratie risque de se dissoudre dans l’individualisme.

La réflexion qui suit est alimentée par la lecture de Marcel Gauchet » Comment pensent les démocraties », où il analyse l’évolution des sociétés modernes pour en déduire qu’aujourd’hui nous sommes arrivés à l’âge de la société des individus. Contrairement à Pierre Rosanvallon, il considère que l’individualisme contemporain constitue le cœur du problème démocratique. Il pense que l’autonomie individuelle a progressivement érodé les cadres collectifs qui structuraient la société. La démocratie souffrirait aujourd’hui d’un déséquilibre entre les droits individuels et la capacité collective à se gouverner. Comment en sommes-nous arrivés à cette société d’individus ? Quel chemin a été parcouru ?

D’abord, à première vue, explique Marcel Gauchet, ce concept de « société d’individus », est absurdement tautologique, puisqu’on ne voit pas ce que serait une société qui ne serait pas faite d’individus, mais pour l’auteur il s’agit ici de décrire une société qui, au lieu de résorber les individus en son sein, se pose comme productrice des indépendances de ses membres, une société qui se pense et s’organise à partir de l’individu.

Pour aboutir à cette société d’individus il y a eu substitution d’un système de production de l’unité collective à un autre progressivement de 1945 à aujourd’hui.

##. En 1945, l’Etat et le politique priment.

Le point de départ, en 1945, a mis en place une formule démocratique placée sous le signe du pilotage étatique sans complexe nécessité par les impératifs de la reconstruction du pays. L’Etat et le politique priment. La mobilisation patriotique dictée par les circonstances confère selon la tradition historique à l’Etat et à la politique l’autorité du pouvoir. La protection sociale est conçue dans un esprit d’intégration collective, à commencer par la politique de la famille.

L’inspiration socialisante a permis de maîtriser la lutte des classes, l’imprévisibilité économique, d’instaurer un encadrement social, l’individualisation a été socialisée. Cette formule démocratique garantissait une certaine sécurité en matière de cohésion du corps social. Elle paraissait comme une forme de société indépassable et générait un profond attachement à celle-ci.

##. Mais 1968, une révolution plus culturelle qui apporte des transformations durables.

Et puis, cette formule démocratique connaît le succès avec les Trente Glorieuses et une croissance économique forte et régulière, un chômage faible et une amélioration continue du niveau de vie. Consommation, loisirs, éducation changent la physionomie de la société. De nouvelles aspirations apparaissent. La jeune génération se dégage du modèle de ses parents. Ce fort décalage entraîne les fortes secousses de Mai 1968, secousses plus culturelles que politiques. Mai 1968 a été un accélérateur de la transformation de la société, les rapports au travail, à l’autorité, à l’éducation, aux libertés individuelles, à la place des femmes, les relations entre les générations, la parole sur la sexualité ont évolué. Mai 1968 demeure l’un des événements sociaux et culturels les plus marquants de l’histoire contemporaine et qui a apporté des transformations durables.

##. 1973-1974, avec le choc pétrolier le collectif est bousculé et devient moins crédible.

Ensuite, après les secousses de Mai 1968 qui a apporté des changements durables, survient la crise du choc pétrolier de 1973-1974 avec le quadruplement du prix du pétrole provoqué par la réaction des pays producteurs de la région à la guerre du Kippour entre Israël et ses voisins arabes. Ce choc pétrolier fragilise les modèles collectifs fondés sur la croissance continue et la protection de l’Etat-providence. La crise marque la fin des Trente Glorieuses avec la montée du chômage de masse et l’inflation. Elle va dessiner un paysage collectif transformé et met en place une organisation nouvelle de l’unité collective. Les promesses collectives deviennent moins crédibles et les institutions collectives perdent de leurs forces L’individu devient la référence centrale de légitimité dans ces droits, ses choix, et son autonomie avec la loi sur l’IVG de Simonne Veil votée en 1975 après la loi Neuwirth de 1967 sur la pilule et la contraception qui permet de choisir le moment et le nombre d’enfants. Ces deux lois apportent des modifications importantes a la vie des femmes et à la vie familiale. Elles font suite à ce mouvement de transformation de la société, elles en sont le reflet, et y participent également.

##. 1975, la révolution des droits de l’homme et des droits humains.

Enfin, arrive la Conférence d’Helsinski, en 1975, qui fait du respect des droits de l’Homme un enjeu officiel de la politique de détente entre les blocs, après la publication de « L’archipel du Goulag » en Occident, en 1973, suivie de l’expulsion d’Alexandre Soljenitsyme. La sympathie pour cette figure de l’héroïque dissident et la montée des mouvements dissidents à l’Est a suscité un mouvement en faveur d’une politique des droits de l’homme dans les démocraties occidentales. Toute la société s’enthousiasme pour les droits de l’homme quelle que soit sa sensibilité politique.

La force de ce courant de pensée emporte une adhésion de plus en plus large et irrésistible que nul ne peut diriger car il correspond à un contexte qui porte à y croire. C’est une étape importante de la construction d’une démocratie fondée sur la vigilance et la défense des droits. Avec, et après, cette Conférence d’Helsinski se produit une accélération mondiale du langage politique des droits humains qui englobe les droits des femmes avec le passage de l’égalité formelle à l’autonomie, l’inclusion avec son extension aux droits à toutes les discriminations et à l’égalité des chances, les droits des LGBT et leur reconnaissance progressive avec le PACS. Ainsi, la démocratie se transforme en un régime de reconnaissance des individus, les luttes sociales passent de la lutte des classes vers la reconnaissance des identités et les situations individuelles.

 Les droits ne protègent plus des groupes, mais des individus dans leur situation particulière. L’ampleur du changement de direction est tel qu’il justifie de parler de révolution de 1975 pour Marcel Gauchet. Le facteur déterminant qui a précipité l’installation en douceur de cette politique des droits des individus est la discrète révolution de la légitimité qui a propulsée l’individu de droit au centre de la société.

Cela s’est répercuté immédiatement sur la scène publique par la double promotion de « l’individualisme » des sociologues, comme constat, et des « droits de l’homme » des juristes, comme norme, le même individu sous deux visages. Le témoignage éclatant de cette individualisation générale sous le signe des sociologues et des juristes a été le parachèvement de l’émancipation féminine. Tous les pouvoirs sont donnés aux droits.

##. Une révolution des droits humains qui amène une crise de l’autonomie collective.

Ces évolutions seraient en grande partie l’aboutissement de la démocratie néolibérale moderne. Dans ces démocraties libérales les individus sont plus libres qu’autrefois, ils disposent de plus de droits, ils sont moins soumis aux autorités traditionnelles, ils sont plus autonomes et indépendants de la famille, de la religion, de la hiérarchie sociale, de l’Etat, des politiques et des syndicats.

Tous ces traits familiers s’estompent sans bruits en faisant des droits des individus le foyer exclusif de la légitimité dont procède la légitimité des institutions. Mais plus les individus sont autonomes, plus il devient difficile de leur faire accepter des contraintes au nom d’un projet commun. Autrefois, l’autorité de la religion, la légitimité des encadrements sociaux : de la famille, de la classe sociale, la légitimité des traditions et des héritages de la nation, la légitimité attachée aux pouvoirs et aux autorités du politique, du syndicat s’imposaient, aujourd’hui, tout cet enveloppement s’est dissipé largement.

Aujourd’hui, avec le déploiement des conséquences du statut d’individu qui est engagé, toute décision collective doit être justifiée face à des individus qui se pensent premiers détenteurs de droits.

##. Une crise de l’autonomie collective qui désagrège les médiations politiques et collectives.

D’où la crise du politique : État, représentation politique, partis politiques, syndicats qui fixaient des orientations communes à la société. Dans la société des individus, les citoyens se méfient des institutions représentatives, ils adhèrent moins facilement à de grands récits et demandent avant tout la protection de leurs droits. La conséquence en est une défiance envers les partis politiques, les réformes de long terme, l’abstention électorale, alors que paradoxalement le citoyen attend beaucoup de l’Etat et des institutions de la République. Le citoyen individu leur demande beaucoup, mais en même temps, il les méprise et les défie. Dans la société des individus, chacun se considère comme porteur de droits, les devoirs collectifs deviennent plus difficiles à légitimer.

Les conflits sont de plus en plus formulés en termes de droits : droit à l’égalité, à la reconnaissance, à la différence, à l’autonomie, et ne peuvent être résolus que par la reconnaissance de nouveaux droits, alors que certaines questions relèvent de choix collectifs, donc de compromis et de délibération. La conflictualité ne fait plus peur, l’éloge du dissensus est de bon ton chez ceux-là même qui la dénonçait comme un scandale absolu.

L’écart individuel et l’éparpillement des manières d’être et de penser ne dérangent plus personne. Le mouvement, la nouveauté, l’innovation se sont imposées comme la valeur par excellence. Les craintes pour la solidité de la société que faisaient naître ces comportements pour la démocratie se sont évanouies.

Cette révolution a chamboulé le clivage politique frontal droite-gauche construit dans un monde où les appartenances collectives étaient beaucoup plus fortes, au profit de la convergence au centre d’une gauche « droitisée » et d’une droite « gauchisée » contaminées par cette révolution des droits individuels et de la légitimité, jusqu’à l’émergence d’une nébuleuse « progressiste » tentant de faire se rejoindre les deux mouvements.

A gauche, cette évolution a disqualifié la cause collectiviste et la perspective révolutionnaire et a donné l’avantage à la gauche démocratique en lui ouvrant le chantier des émancipations individuelles. Le plus significatif de ce changement est l’élévation de la peine de mort au rang de cause emblématique, alors que celle-ci représentait l’ultime pouvoir de la société sur les individus. La gauche est fragilisée par la disparition des grands conflits sociaux qui fondaient son projet historique. La question pour elle est de savoir s’il faut privilégier la question sociale ou la question des droits individuels. Faut-il passer d’une politique de redistribution à une politique de reconnaissance ?

À droite, le sacre des droits et de la société des individus a donné l’avantage à une droite libérale qui accompagne l’autonomie des individus et l’émancipation individuelle (IVG, PACS, inclusion) en créant une tension avec la droite plus conservatrice qui cherche à maintenir certaines appartenances collectives, famille, religion, affaiblies par la société des individus. La droite traditionnelle est fragilisée par la mise en cause des institutions collectives qui lui servent de référence. La droite est confrontée à une difficulté : comment défendre des institutions collectives dans une société qui valorise avant tout l’autonomie individuelle ?

Avant la ligne de partage politique reposait essentiellement sur l’économie plus socialisante ou plus libérale et elle donnait son climat à la vie sociale et au jeu électoral, mais la vague des droits de l’homme a brouillé les images. Les choses sont plus subtiles et nous sommes confrontés à une forme inédite de société. Nous avons affaire non pas à une ligne de séparation bien arrêtée, mais à un large spectre idéologique, allant de la radicalité dans l’ambition de soustraire l’individu à ses attaches réputées d’un autre âge jusqu’à une prudente modération dans le ménagement de cet ancrage au passé.

Une tripartition se dessine. Une partie de la droite moins conservatrice et une partie de la gauche moins collectiviste convergent au centre en admettant un peu plus de droits individuels et un peu plus d’efficacité économique tout en affirmant une divergence suffisamment prononcée donnant vie au clivage gauche- droite au nom du « progressisme » accompagné par le « populisme » qui se prête, en l’occurrence, au refuge des anciennes familles du champ idéologique que constituaient le conservatisme , le socialisme et le collectivisme .

Ainsi, y a-t-il une droite et une gauche qui coexistent au sein du populisme, comme il y a une droite et une gauche qui voisinent au sein du progressisme. Ces deux clivages s’entrecroisent avec des effets qui compliquent singulièrement le déchiffrement des forces politiques en présence. Le « wokisme », terme emprunté au langage américain, peut être rattaché à la montée de l’individu comme référence de la vie politique sociale. Il a fait naître un moralisme inédit, indifférent aux bonnes mœurs de jadis, mais intraitable sur le respect des singularités personnelles sur le racisme, la phobie, l’exclusion, la discrimination tout ce qui peut singulariser par rapport à une présumée norme majoritaire. Il donne sens à ces revendications et aspire au règne du pur individu universel, enfin délivré de la prison du politique et du fardeau de l’histoire.

##. Une crise de l’autonomie qui amène une multiplication des contrepouvoirs.

Avec au milieu de ce spectre, ne l’oublions pas, l’individu de droit contestataire inextinguible qui rallume sans cesse la question de ses limites. Une aiguillon supplémentaire permanent qui suscite en retour une réaction extrémiste. D’où le paradoxe d’une société caractérisée par une dépolitisation massive qui n’empêche pas la manifestation de radicalité très fortes et violentes qui veulent hyper politiser la société sans faire la révolution.

Par ailleurs, nous assistons à la rencontre entre le développement des techniques et la demande sociale, comme il en est déjà survenu dans l’histoire, qui pourvoit la société des individus de son support opérationnel. Avec l’Internet, l’industrie numérique a achevé d’en faire une société de réseaux, connectant directement les individus les uns les autres, et accentuant ainsi sa dimension de société d’individus autonomes qui peut créer des communautés au grès des algorithmes. Mais ces interconnexions d’individus peuvent-elles faire société ?

Cette société, qui est d’abord et fondamentalement une société d’individus, est la première du genre et la plus inattendue au regard du passé humain. Il en résulte une philosophie des rapports sociaux dont la norme ne peut être que le libre consentement. Elle fonctionne comme une société de marché dans tous les domaines, seul mode possible d’ajustement des préférences individuelles quand on exclut par principe toute organisation et répartition par le haut. Il n’y a que des intérêts individuels et point d’intérêt général.

En conséquence, le style de gouvernement imposant des choix majoritaires au nom de cet intérêt général est banni au profit d’une gouvernance souple, ouverte aux parties prenantes et ménageant le compromis, d’une société politique de marché.

Au-delà, c’est l’essence même de la démocratie qui se trouve redéfinie à bas bruit, en tournant le dos à ce qui était son principe d’origine, l’exercice de la souveraineté du peuple. Elle est de fait repensé comme le régime dont la finalité est l’exercice des droits individuels le plus complet et le mieux garanti possible, en particulier contre les abus de l’autorité collective sous toute ses formes. Une fonction protectrice qui est génératrice, sans cesse, de nouvelles règles de droit personnels protecteurs pour gérer la vie de la société.

##. Comment reconstruire une volonté collective ?

Marcel Gauchet invoque plusieurs observateurs qui convergent avec sa pensée : Alexis de Tocqueville, Pierre Henri Tavoillot, Pierre Rosenvallon et Leszek Kolakowski . Tous cherchent à comprendre comment préserver le commun dans une société d’individus de plus en plus autonomes.

Le prophétique Tocqueville observait que l’égalité des conditions produit un type humain nouveau et y voyait déjà le danger de l’individualisme avec une disparition du sens civique. Il craignait l’isolement de l’individu.

PourPierre-Henri Tavoillot la crise actuelle ne vient pas d’un excès d’autorité, mais souvent de son affaiblissement. Comment exercer une autorité légitime dans une société d’individus libres ?

Rappelons que pour Pierre Rosanvallon, la démocratie ne se limite pas à l’élection parce que les citoyens exercent désormais une surveillance permanente. Ils contrôlent, dénoncent et contestent. Ils veulent de la transparence sur tout. La capacité de décision s’affaiblît.

Pour Leszek Kolakowski, polonais nourrit de l’expérience communiste, publie en 1978 un article prophétique « Comment être conservateur -libéral-socialiste «. Il discerne une évolution possible vu la réorientation du fonctionnement des sociétés et du cours des pensées.

Et si c’était le véritable sens du pluralisme démocratique ? Interroge Marcel Gauchet. Le parfait « conservateur – libéral-socialiste « n’existera sans doute jamais car il n’apparait à ce jour aucune réconciliation possible tant les positions des acteurs sont réfractaires et on peut compter sur les défis des imprévus pour activer les énergies dissociatives. Seul, le gaullisme social a pu incarner ce pluralisme démocratique.

Pour Marcel Gauchet, l’individu démocratique exige beaucoup de la société tout en ayant de plus en plus de difficultés à se reconnaître comme membre d’un collectif. Le défi des démocraties libérales est désormais de reconstruire une société commune avec des individus libres. Il s’interroge sur ce qui peut encore faire tenir ensemble une société lorsque les apparences traditionnelles de l’Etat, de la politique, de la religion, de l’histoire ont perdu leur force et que l’individu est devenu la référence centrale.

Qu’elle est la capacité politique d’une société démocratique à produire du collectif à partir d’individus autonomes ? Comment rendre le pouvoir légitime et efficace dans une société d’individus libres ? Pour Gauchet, il est possible d’imaginer une pluralité de combinaisons affinitaires plus ouvertes à d’autres priorités, dans des démocraties elles-mêmes plus fortes pour préserver les libertés individuelles et plus conscientes de ce qui leur permet d’exister.

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